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Un assassinat frappé du sceau de la République

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    Milan Levar et Željko Peratović à son retour d'Allemagne vers l'Autriche Milan Levar et Željko Peratović à son retour d'Allemagne vers l'Autriche photographie Vesna Levar
    11 ans après l’assassinat de Milan Levar

    Un assassinat frappé du sceau de la République

    Tomislav Karamarko me persécute depuis des années en raison des connaissances que j’aie des circonstances de l’assassinat de Milan Levar ; il m’a récemment offert de nous « réconcilier ». Le Procureur Général de la République, Mladen Bajić, a entendu M.M. le maillon qui lie l’attentat de Gospić avec Karamarko.


    L’assassinat de Milan Levar, témoin de crimes de guerre en Lika, a marqué le reste de ma vie le 28 août 2000, il y a exactement 11 ans. La motivation de mes activités est d’encourager les institutions pour que soient découverts et punis les exécutants et commanditaires du meutre d’un homme que certes je ne connaissait pas depuis plus d’une année mais dont la volonté, le courage et l’amour de la liberté m’ont inspiré. Le fait de ne pas accepter que le meurtre reste impuni et que le témoin assassiné, mon ami et source journalistique soit oublié sont des objectifs qui m’ont jusqu’à présent coûté ma carrière professionnelle, une isolation sociale, ma santé et la détérioration de ma situation familiale.

    Dans mon histoire personnelle sur Milan Levar, une figure est constante. Tomislav Karamarko, ministre actuel de la police, qui au moment de l’assassinat était responsable du bureau pour la sécurité nationale (UNS), le service central de renseignement et qui, après deux ans d’absence des services, est devenu en 2004 le chef de l’agence de contre renseignement POA (ancien SZUP, aujourd’hui partie de l’agence de renseignement et de sécurité SOA) et s’est fortement fâché contre moi en trouvant dans les documents à sa disposition que je le considère responsable de l’obstruction de l’enquête concernant l’assassinat de Milan Levar. Entre temps, il a tout entrepris, en usant de son pouvoir, pour me convaincre d’abandonner cette affaire. C’est par sa faute que je suis resté dans travail, que j’ai été arrêté ; il m’a cité deux fois en justice (une fois pour trouble à l’ordre public, la deuxième fois pour violation du secret de l’instruction). Sous son ministère, la police a ouvert, sur la base d’une dénonciation anonyme, une procédure contre moi pour maltraitance sexuelle de ma fille mineure. Il a perdu ces procès. Ni la police ni les services sociaux n’ont trouvé aucune trace de maltraitance sexuelle ou autre sur ma fille.

    Il prévoit maintenant une carrière politique brillante. A l’actuel Premier Ministre et à lui-même, il attribue les mérites principaux de la lutte contre la corruption par laquelle la « Croatie a obtenu une date de négociation avec l’UE ». Il va activer sa participation au HDZ et à l’occasion des prochaines élections parlementaires, il va représenter l’aile droite de ce parti qui était au pouvoir, dans la Croatie démocratique, pendant 17 années.

    L’affaire de Milan Levar et moi-même étions pour lui un obstacle désagréable dans ses plans futurs et il m’a offert de nous « réconcilier ». Il m’a transmis, par un intermédiaire, le message selon lequel il n’aurait rien contre moi mais serait dérangé par mon affirmation selon laquelle il aurait tué Milan Levar. Il serait généreusement prêt à me rencontrer autour d’un café et à retirer toutes les allégations accusations. A l’intermédiaire, un ancien officier supérieur de police, soupçonné de crimes de guerre après l’opération « Tempête » j’ai répondu qu’il n’était pas question pour moi de le mandater pour quelque négociation que ce soit et qu’avec la vérité je n’opérais pas d’arrangement.

    La tentative de « réconciliation » non réussie de Karamarko, a coïncidé avec lesfait (confirmé par deux témoins) que le dossier de l’assassinat de Milan Levar se trouve, depuis la fin de l’année dernière, entre les mains du Procureur Général de la République Mladen Bajic. L’affaire a été délocalisée de Gospić à Zagreb. Les témoins qui ont parlé de ce sujet avec Bajić disent que le Procureur Général de la République déclare lui-même que le cas Levar est pour lui la priorité, qu’il a déjà entendu l’officier de l’armée croate en retraite, M.M. (que je soupçonne d’avoir informé les assassins de Levar sur les va-et-vient de la victime) et qu’il devrait me convoquer moi aussi pour être entendu par le parquet général de la République . Ces informations me sont parvenues il y a six mois, mais la convocation du Procureur Général de l’Etat n’est toujours pas arrivée.

    Quoi qu’il en soit, je ne crois pas que Mr Tomislav Karamarko se sente bien. M.M. qui a désormais été entendu par le Procureur Général de la République s’était en son temps flatté devant moi, qu’il ne serait pas auditionné par la police concernant Levar car il était le protégé par Tomislav Karamarko. M.M. est le maillon qui lie l’assassinat de Levar à l’actuel ministre de la police, qui ne cache pas ses grandes ambitions politiques.

    Jusqu’à ces derniers temps, je rencontrais parfois M.M. dans les rues zagreboises et des amis liés d’une façon ou d’une autre au cas de Gospić, m’ont indiqué avoir communiqué avec lui. Après l’entretien avec le Procureur Général de la République, c’est comme si M.M. s’était volatilisé. Des mois durant personne ne l’a vu ni entendu. Connaissant la tactique de travail de Bajić, je crois pouvoir pronostiquer que les recherches qui concernent ce cas ne continueront qu’une fois qu’il se sera assuré de ce que Tomislav Karamarko est politiquement mort.

    L’exemple du Premier Ministre Ivo Sanader en est la meilleure preuve. L’actuel chef du gouvernementt, Jadranka Kosor a annoncé que les élections législatives auraient lieu d’ici la fin de l’année. Je n’attends pas de nouvelle avancée dans l’enquête avant cette échéance.

    Suite aux nombreux rappels d’Amnesty International à l’adresse du Bureau du Procureur Général de la République de Croatie, et étant donné combien la question du jugement des responsables de la mort de Milan Levar est essentielle pour l’encourager d’autres témoins des crimes de guerre à témoigner, le bureau de Mladen Bajic a répondu aux représentants de cette organisation que l’assassin de Levar était connu, qu’il avait été immédiatement arrêté, qu’il avait reconnu l’assassinat lors de son audition par la police mais que sa déposition ayant été faite hors de la présence de son Avocat, il n’était pas possible de le juger. Ce n’est pas la première faute cardinale de la police concernant des assassinats médiatiques en Croatie. Un cas identique s’est produit il y a dix ans (1992) quand des réservistes de la police avaient été arrêtés et avaient reconnu, pendant leurs auditions, avoir tué la famille zagreboise Zec de nationalité serbe. Ils ont été libérés et ils n’ont jamais été jugés pour assassinat en raison du fait que leurs aveux avaient été recueillis en l’absence d’un avocat et qu’ils ont été jugés nuls.

    Dubravko Novak, chef de police à Gospić, qui a dirigé les premiers mois l’enquête concernant l’assassinat de Levar, était certainement au courant de « la faute » de ses collègues, car il n’y a pas un lecteur moyen en Croatie qui n’est pas au courant de cela. Il a néanmoins omis de s’assurer que le suspect I.B., plus connu sous le nom de Beli Vuk ait un avocat pour son interrogatoire. Les histoires non officielles qui circulent dans les cercles de police et journalistiques disent qu’après avoir reconnu spontanément avoir posé la bombe qui a tué Levar, IB a été interrompu par la police qui lui a demandé d’arrêter de parler car il n’avait pas été arrêté pour cela. Pendant la présidence du gouvernement d’Ivica Račan, Dubravko Novak a été remplacé et dégradé. Quand Tomislav Karamarko est devenu Ministre de la police, en 2008, il l’a promu comme chef de son cabinet. Karamarko a fait la même chose avec Milijan Brkić, un policier qui lié avec le cas de Gospić. Comme commandant de la police spéciale »Alfa », il a refusé l’ordre de ses supérieurs d’arrêter le général retraité Mirko Norac en 2000, lequel avait été souvent désigné par Levar comme responsable de crimes et contre lequel avait été émis un mandat d’arrêt. Tomislav Karamarko a muté Brkić, en 2004, de la police au services de renseignements qu’il dirigeait et l’a par la suite nommé comme son remplaçant. Lorsqu’il est devenu Ministre de la Police, Karamarko a nommé Brkić comme adjoint du directeur de la Police nationale. Les médias spéculent qu’en cas de nouvelle victoire du HDZ aux élections, Brkić pourrait devenir Ministre de la Police et son mentor Tomislav Karamarko, numéro 2 du gouvernement.

    Au moment de commencer à me battre pour faire la lumière sur l’assassinat de Milan Levar, je n’ai pas imaginé, bien sûr, sur quels obstacles j’allais tomber, combien cela allait me coûter, quelle était l’identité de mes adversaires et comment ils allaient agir. Après l’assassinat de celui dont j’avais utilisé les témoignages pour réalisé trois grands articles de une dans « Globus » en 1999, l’association des journalistes croates avait publiquement demandé que me soit attribuée une protection policière.

    Je n’ai pas accepté que des policiers fassent partie de ma vie quotidienne car cela aurait eu un impact sur mon travail. J’aurais perdu des informateurs précieux qui n’auraient pas apprécié que la police les voit en ma compagnie. M’a été offerte une prétendue protection des services de renseignements, sous la forme d’une communication avec un agent de SZUP (service de renseignements intérieurs de l’époque, aujourd’hui partie de l’agence de sécurité et de renseignements). L’agent I.K. avait reçu pour mission d’attirer mon attention sur certaines situations de crise dans la société ou sur certaines personnes et de me demander de faire attention à moi, tandis que moi je lui ai raconté, en tant que témoin, toutes les circonstances de l’assassinat qui m’étaient connues. Je l’ai averti, entre autre, de ce que la police devrait auditionner M.M. car lui aussi faisait partie de l’entourage de Levar, l’avait aidé à rassemblé des preuves des crimes de guerre, m’avait dit un jour avant l’attentat que Levar serait liquidé, avait, le jour de l’attentat parlé plusieurs fois avec la victime (j’ai appris par la suite que la police détenait la preuve de ce que M.M. avait, le jour de l’attentat, contacté Levar toutes les dix minutes avant qu’il ne soit tué et que le dernier appel enregistré sur le portable du défunt était un appel de M.M), avait, selon ce qu’il m’avait lui-même confessé, rencontré dans un restaurant, quelques heures après le meurtre, le principal suspect commanditaire de l’attentat, T.O…L’Agent de renseignement a tout soigneusement no,a promis d’un référer à sa hiérarchie et m’a conseillé, à l’avenir, de me méfier de M.M. Quelques jours plus tard, j’ai rencontré celui que je considère toujours comme ayant apporté une aide précieuse dans l’organisation de l’assassinat de Levar. Il m’a attaqué en me demandant qui l’avait dénoncé à la police et en ajoutant qu’il ne rendrait à aucune convocation liée à l’assassinat de Levar et que cela lui avait été garanti par Karamarko qui avait interdit à la police de le maltraiter, en tant qu’ancien agent de l’ancien service de contre espionnage (anciennement dirigé par Karamarko). Mécontent, j’ai demandé le soir même des explications à l’agent I.K.

    - Il est exact que Karamarko est intervenu. Nous et la police sommes impuissants dans cette affaire, m’a-t-il dit en hochant les épaules.

    J’ai informé de tout cela par écrit le Procureur Général de la République Mladen Bajić en 2005 et au début de l’année de 2006, j’avais fait une déposition auprès du Procureur de la République de Gospić. J’ignore pour quelle raison Mladen Bajić m’a fait savoir indirectement qu’il allait m’entendre moi aussi après M.M.. Je ne me considère pas comme une personne puissante et je ne crois pas que les institutions soient impuissantes. Contrairement à moi, elles manquent de volonté car l’assassinat de Milan Levar, selon toutes vraisemblances, porte le sceau de la République.

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